Challenge ENABEL Niger - leçons apprises
Tester est une chose. Passer à l’échelle en est une autre
Améliorer la filière laitière au Niger : ce que nous avons appris
| Par Nido. 23 juin 2026
En 2025, Nido et Enabel ont relevé un défi ensemble : Comment garantir la qualité et l’hygiène du lait tout au long de la chaîne de production au Niger, dans un contexte marqué par la chaleur, les distances et des contraintes logistiques importantes ? En savoir plus sur le challenge.

Ce challenge n’a pas débouché sur une solution clé en main, mais sur une expérimentation concrète et prometteuse, menée en collaboration avec IKIC Impact Ventures, une entreprise belge spécialisée dans les solutions de chaîne du froid pour le « premier et le dernier kilomètre » (first & last mile). Leur technologie IMLT — combinant un système de refroidissement sans alimentation électrique continue, des équipements adaptés et des capteurs de suivi — a été testée sur le terrain avec un objectif clair : réduire les pertes, améliorer la qualité du lait et renforcer la chaîne de valeur dans un environnement exigeant.
Pourquoi cette expérimentation était nécessaire

Au Niger, la filière laitière est un pilier de la sécurité alimentaire — mais aussi un système sous tension.
Entre la traite et la consommation, le lait est exposé à des températures élevées, à des transports longs et à des conditions d’hygiène variables. Résultats : une qualité instable , des pertes économiques importantes et une confiance limitée des consommateurs.
Pour les producteurs et collecteurs, le défi est quotidien : comment préserver la qualité du lait sans infrastructure fiable ni accès continu à l’électricité ?
Ce que nous avons testé
Plutôt que de chercher une solution théorique, le choix a été fait de tester une technologie en conditions réelles.
La solution développée par IKIC — IMLT (Innovative Milk Logistics Technology) — repose sur :
- Un système de refroidissement via des orbes congelées au préalable
- Des équipements adaptés au transport
- Des capteurs pour suivre la température
L’objectif : maintenir une chaîne du froid fiable, du producteur au centre de collecte.
Ce que nous avons observé
- Refroidissement rapide : le lait passe de ~28°C à 3,7°C
- Conservation prolongée : jusqu’à 48h sans détérioration
- Augmentation des volumes : jusqu’à +68 % dans certains centres
- Impact économique direct pour producteurs et collecteurs
Grâce à la technologie IMLT, nous avons pu élargir le rayon de collecte et doubler le volume de lait collecté.
Au-delà des chiffres, un élément ressort fortement : la confiance et la collaboration.
Les acteurs locaux se sentent sécurisés, même en cas d’imprévu.
Collaboration
La collaboration a été globalement perçue comme très positive par l’ensemble des parties prenantes, notamment grâce à la clarté du cadre et à l’accompagnement structurant.
NIDO a coordonné cette approche multi-acteurs en accompagnant Enabel et les acteurs locaux dans la conception du Challenge.
Ce que cela nous apprend
- La technologie ne suffit pas : améliorer la chaîne du froid ne règle pas tout.
Les pratiques d’hygiène restent un maillon critique. - Le terrain transforme la solution : Des ajustements ont été nécessaires en continu (transport, équipements, organisation). Tester en conditions réelles est indispensable.
- Le contexte compte autant que la solution : Contraintes logistiques, douanières, sécuritaires : elles déterminent la réussite autant que la technologie.
- L’innovation demande une orchestration claire : Multiplicité des acteurs = besoin de rôles et responsabilités explicites dès le départ.
- L’attractivité du challenge est clé : Un seul soumissionnaire : cela limite la diversité des solutions. La mobilisation du marché doit être renforcée.
Ce que nous retenons pour l’action publique
Cette expérimentation confirme une dynamique importante : des pilotes ciblés, menés dans de bonnes conditions d’apprentissage, peuvent générer des résultats tangibles en peu de temps, même dans des environnements complexes comme le Sahel.
Au-delà des résultats techniques (qualité du lait, volumes collectés, réduction des pertes), l’enjeu principal est méthodologique : introduire une logique d’innovation ouverte dans la coopération au développement, en créant un cadre permettant de tester rapidement des solutions avec le secteur privé.
Ce challenge a prouvé que tester sur le terrain est essentiel pour générer de l’impact et préparer le passage à l’échelle.
Cette approche met également en lumière le potentiel des marches publics comme levier d’innovation dans le secteur de la coopération au développement, à condition d’adapter les cadres : plus de flexibilité, une meilleure gestion du risque et une attractivité suffisante pour mobiliser les entreprises.
Et maintenant ?

Les résultats ouvrent des perspectives concrètes de mise à l’échelle, avec des discussions en cours pour un déploiement élargi dans la région (ordre de grandeur 300–500k€), notamment dans d’autres contextes sahéliens. L’intégration de cette approche dans d’autres programmes d’Enabel est également envisagée.
Le renforcement du rôle du secteur privé dans les futures phases de déploiement est également à l'étude.
Mais cette transition pose une question centrale : qu’est-ce qui conditionne réellement le passage du pilote à l’impact systémique ?
Au Niger, nous avons appris que l’impact à grande échelle dépend autant de l’écosystème que de l’innovation.
Dans cette perspective, Enabel souhaite capitaliser sur cette expérience pour structurer ses futures approches.

Notre prochaine étape : transformer ces enseignements en un playbook pour guider de futurs projets d’innovation.
Vous voulez en savoir plus ?
Souhaitez-vous découvrir comment une solution de refroidissement innovante a été testée au Niger pour renforcer la filière laitière locale ?
Dans ce rapport, vous découvrirez notamment :
- Pourquoi une meilleure réfrigération ne constitue qu’une partie de la solution et pourquoi l’hygiène, la logistique et la collaboration restent tout aussi essentielles.
- Quel impact la technologie IMLT a eu sur la qualité du lait, sa durée de conservation, les volumes collectés et les bénéfices économiques pour les acteurs locaux.
- Quels enseignements sont nécessaires pour passer d’un projet pilote prometteur à un déploiement à plus grande échelle dans le Sahel.
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Challenge Enabel Leçons apprises.pdf