Question: Dans le secteur public, où l’entretien d’évaluation individuel reste souvent la seule séance obligatoire de feedback, ne devrait-on pas introduire des « objectifs d’innovation » pour les employés ainsi que pour les cadres intermédiaires et supérieurs ? C’est une proposition un peu provocatrice, mais si nous mettons davantage l’accent sur la résolution de problèmes par l’innovation (tout en restant conforme et respectueux de la légalité), le développement de compétences innovantes pourrait mieux correspondre aux attentes réelles (et négociées) des organisations publiques. Un changement de mentalité serait également nécessaire. Cela prend du temps, mais cela en vaut la peine.
Réponse de Joaquin: D’après les données de l’OCDE, définir des objectifs liés à l’innovation pour les agents publics et les managers peut être utile, mais tout dépend de la manière dont ils sont conçus. Lorsque ces objectifs sont alignés sur la stratégie et la mission de l’organisation, ils envoient un signal fort : l’innovation n’est pas une activité périphérique mais fait partie intégrante des attentes centrales dans la fonction publique. Cela peut effectivement accélérer le changement culturel en légitimant de nouvelles compétences appliquées comme celles évoquées durant la session.
En même temps, quelques points d’attention s’imposent :
Équilibre et réalisme : les objectifs devraient porter sur des compétences appliquées (par ex. soutenir la co-création, tirer des enseignements des échecs, encourager les initiatives d’équipe, expérimenter de manière responsable avec un outil particulier) et sur des résultats concrets (par ex. améliorer la qualité d’un service, générer des économies grâce à un nouveau projet, renforcer la confiance du public envers une organisation spécifique). Sinon, il y a un risque de « théâtre de l’innovation ».
Rôle du leadership : pour les managers intermédiaires et supérieurs, la contribution la plus puissante consiste à créer les conditions favorables pour leurs équipes : fournir des ressources, donner la permission d’essayer de nouvelles approches et aider à diffuser les idées qui réussissent. Sans ce soutien, les agents ne peuvent souvent pas appliquer leurs compétences d’innovation dans la pratique, même si on leur fixe des objectifs en ce sens (ce qui peut aussi générer de la frustration).
Climat d’innovation : introduire ce type d’évaluation fonctionne mieux lorsqu’il existe des leviers plus larges et un climat favorable à l’innovation : sécurité psychologique, opportunités d’apprentissage et alignement avec les priorités organisationnelles.
Certains pays expérimentent déjà dans ce sens. Par exemple, au Royaume-Uni, les hauts fonctionnaires sont évalués en fonction d’objectifs alignés sur les priorités organisationnelles, qui peuvent inclure des buts d’innovation et de modernisation (Performance management framework for the Senior Civil Service, 2024-2025).
Conclusion : oui, intégrer des objectifs d’innovation dans les évaluations peut soutenir un changement de mentalité et renforcer l’usage des compétences innovantes. Mais ces objectifs sont vraiment efficaces lorsqu’ils s’accompagnent de conditions et d’incitations adaptées.