Un service public innovant tourné vers l’avenir


Dans Let's Talk Innovation, experts, décideurs et innovateurs partagent leur vision de l'innovation. Découvrez des échanges inspirants sur les tendances, défis et solutions qui transforment le secteur public.


Un service public innovant tourné vers l’avenir

| par Nido. le 14 juin 2025

Aujourd’hui, nous avons l’opportunité de discuter avec Geert De Poorter, président du SPF Emploi, Travail et Concertation sociale, pour explorer sa vision de l’innovation dans le secteur public. Pour Geert, l’innovation n’est pas simplement une tendance moderne, mais une nécessité constante et intrinsèque à la nature humaine. C’est cette capacité à innover qui propulse notre société en avant.

Dans cet entretien, Geert explique pourquoi les synergies sont si importantes pour lui et comment la détection des tendances permet d’anticiper le changement. En plus de partager son point de vue sur l’évaluation des politiques pour analyser les idées novatrices, Geert souligne qu’une bonne crise exige non seulement de la prudence, mais aussi un investissement dans l’innovation et la créativité. Never waste a good crisis!

Découvrez comment Geert De Poorter applique sa vision et ses stratégies pour que son organisation continue de grandir et de prospérer, même en période difficile.

Geert De Poorter

Qu’est-ce que l’innovation pour vous ?

Geert : Pour beaucoup de personnes et d’organisations, l’innovation est représentée par l’envie de se renouveler. Et cette envie doit absolument exister, sinon le monde n’avancera pas. L’innovation est de tous les temps. Elle est inhérente à ce que nous sommes et à qui nous sommes, et nous innovons constamment. Car si l’on n’innove pas, on recule.

L’innovation est inhérente à l’humanité; si vous n’innovez pas, vous régressez.

Quels sont les moteurs de l’innovation dans le secteur public ?

Geert : Je pense que la société elle-même est un moteur important. Les gens sont de plus en plus indépendants et s’attendent à un environnement sûr et sain. Ils veulent que le gouvernement crée les conditions dans lesquelles ils peuvent vivre, travailler et entreprendre. Moins il y a d’administration, mieux c’est. L’octroi de primes, d’avantages et d’allocations auxquels les gens ont droit est le défi par excellence. Malheureusement, nous en sommes loin. Nous vivons dans une société où l’effet Matthieu (Matthew Effect) joue encore pleinement son rôle : ceux qui sont suffisamment intelligents savent comment s’y retrouver dans l’administration, mais les personnes qui en ont vraiment besoin se perdent.

Quels sont, selon vous, les obstacles à l’innovation dans le secteur public ?

Geert : Pour innover, il faut d’abord investir. C’est souvent un gros problème pour de nombreux gouvernements, car il n’y a pas assez d’argent pour innover et investir dans les nouvelles technologies.

Le secteur public est toujours en retard par rapport au secteur privé. Nous devons y remédier.

Le secteur public est également toujours à la traîne par rapport au secteur privé, notamment en matière d’innovation et de réglementation. Canvas (chaine VRT) a récemment diffusé une excellente émission intitulée “The digital dilemma” (Le dilemme numérique) sur l’ère numérique, comparant les développements en Amérique et en Europe. En Amérique, les nouvelles technologies sont peu réglementées, alors que l’Europe tente de les encadrer et de légiférer. Je pense que l’approche européenne est de toute façon la meilleure.

Mais nous avons encore beaucoup de retard à rattraper, surtout dans le domaine de l’IA. Au sein du collège des Présidents, nous avons mis en place un groupe de travail pour explorer les applications de l’IA au sein de l’administration fédérale. Mais les choses avancent lentement, notamment parce que, selon moi, la coopération entre les administrations est encore trop faible.

Geert De Poorter

Je préconise une approche plus proactive pour combler le fossé. Nous devrions encourager l’innovation et utiliser des solutions technologiques autant que possible, mais nous devrions également faire appel à la législation pour freiner ou au moins gérer leur mauvaise utilisation. Il existe de nombreux obstacles, tels que le GDPR, qui est trop souvent utilisé pour bloquer la collaboration au lieu de la promouvoir.

Il est essentiel d’éliminer ces obstacles et de créer davantage de synergies entre les différents services publics afin de réaliser de réels progrès.

Nous devons utiliser la technologie autant que possible, mais aussi introduire des lois pour en limiter les mauvais usages.

Où devrait se situer le secteur public à long terme ?

Geert : Si nous regardons la Finlande et d’autres pays scandinaves, nous constatons qu’ils réfléchissent très sérieusement au long terme. Ils ont même des départements spéciaux qui s’occupent de prospective. Ces départements réfléchissent à l’endroit où ils veulent être dans 30, 50 ou même 70 ans. Ensuite, ils travaillent à rebours et examinent si les innovations d’aujourd’hui s’intègrent dans cette vision de l’avenir.

Chez nous, en Belgique, une telle vision à long terme manque souvent. Nous sommes généralement occupés par les problèmes d’aujourd’hui et avons peu de considération pour ce qui sera nécessaire à l’avenir. Par conséquent, nous manquons parfois l’occasion de vraiment anticiper et de mettre en œuvre des changements structurels qui seraient bénéfiques pour notre pays à long terme. Bien sûr, tout n’est pas toujours parfait en Scandinavie. Parce qu’ils se concentrent tellement sur l’avenir et l’inclusivité, ils perdent parfois en créativité. Leur approche peut mener à une sorte d’uniformité, comme on peut le voir dans les bâtiments d’Helsinki, qui sont bien pensés, mais aussi dépourvus d’émotion.

Néanmoins, nous pouvons beaucoup apprendre de leur approche. Nous ne devons pas seulement réagir aux défis d’aujourd’hui, mais aussi élaborer des plans proactifs pour l’avenir. Cela nécessite un changement de culture et un engagement sérieux en faveur de la planification à long terme.

Vous devez d’abord investir dans l’innovation avant d’en tirer des bénéfices, et cela s’applique à tout.

Devons-nous donc faire plus de repérage des tendances et d’exploration du futur ?

Geert : Les choses changent si rapidement que nous avons parfois du mal à suivre tout ce qui est possible. C’est pourquoi je plaide pour qu’un service public fédéral ou un centre de recherche crée une équipe dédiée au repérage des tendances pour notre gouvernement. Actuellement, nous sommes souvent informés des nouvelles tendances par hasard, ce qui n’est pas efficace.

Geert De Poorter

C’est pourquoi je pense qu’une équipe devrait avoir pour tâche de suivre ces tendances mondiales et de nous aider à adapter notre législation en conséquence. Nous devons vraiment nous concentrer sur le repérage des tendances pour ne pas toujours courir après les faits, et sur l’exploration du futur pour travailler à un avenir meilleur. L’innovation peut en effet être utilisée à d’autres fins. 

Regardez les guerres en Israël, en Ukraine, en Russie. Les technologies les plus récentes y sont maintenant testées. C’est le côté regrettable de l’innovation : elle n’est pas utilisée uniquement pour de bonnes choses.

Qu’est-ce qui est surtout nécessaire selon vous pour innover efficacement ?

Geert : L’innovation dans le secteur public commence par la volonté de collaborer. Nous avons tendance à nous éloigner les uns des autres, ce qui rend la collaboration plus difficile. C’est pourquoi les hauts fonctionnaires doivent eux-mêmes prendre l’initiative de créer des synergies et des partenariats. Par exemple, je collabore très intensivement avec mon collègue Peter Samyn du SPF Sécurité sociale. Nous cherchons constamment des moyens de rendre nos organisations plus efficaces et de réaliser des économies. Cela est possible parce que nous avons des compétences similaires, que nous pensons être trop petits pour tout faire seuls et parce que la collaboration fonctionne bien entre nous.

L’innovation dans le secteur public commence par la volonté de collaborer.

Au sein du collège des Présidents, nous partageons déjà des économies et bénéficions ensemble de rabais. Ce type de collaboration doit devenir la norme plutôt que l’exception. Nous devons également envisager d’investir ensemble dans l’innovation.

Qu’est-ce qui pourrait aider à accélérer l’innovation au sein du gouvernement ?

Geert : Il est essentiel que nous fassions des évaluations structurelles des politiques. Notre mission stipule que nous devons préparer, exécuter et évaluer les politiques, mais cette dernière partie est souvent négligée. La culture de l’évaluation manque et les politiciens n’y prêtent pas toujours attention. Mais si nous pouvions le faire de manière scientifiquement fondée, notre processus d’innovation s’accélérerait considérablement. Nous pourrions alors clairement voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans notre société.

De nombreuses mesures sont prises, notamment en matière de politique de l’emploi, mais personne ne regarde vraiment leurs effets. L’évaluation des politiques, comme cela se fait dans d’autres pays, est cruciale. Malheureusement, cela se fait beaucoup trop rarement en Belgique, généralement de manière fragmentaire par le bureau du plan, la banque nationale ou les universités. Si nous abordions cela de manière structurelle, nous pourrions apprendre de ce qui a bien fonctionné, de ce qui n’a pas fonctionné, et comment nous devons ajuster nos actions.


Geert De Poorter

Geert nous offre une vision claire et passionnée de l’innovation. Pour lui, l’innovation est essentielle et omniprésente, un moteur vital pour le progrès constant. Dans le secteur public, la société elle-même, avec ses attentes croissantes pour un environnement sain et sûr, est un moteur crucial de l’innovation.

Geert souligne l’importance de suivre les tendances mondiales et d’adapter la législation en conséquence pour rester à jour. Il prône une approche proactive, inspirée des pays scandinaves, pour planifier à long terme. Enfin, il insiste sur la nécessité d’évaluations structurelles des politiques et de collaborations entre administrations pour accélérer l’innovation et maximiser l’efficacité.